#Vue d'ensemble
Un seul négatif doit faire tenir toute la gamme tonale d'une image dans ce qu'une seule encre sait rendre. La Sanguine relâche cette contrainte : Calibration Flow découpe le négatif en 2 ou 3 négatifs partiels, chacun destiné à une encre différente — le jaune porte les détails des clairs, la terre de Sienne brûlée les moyens, le rouge les noirs. Les plaques s'insolent successivement, en repérage, et la superposition reconstitue l'image complète.
Le principe est celui d'une course de relais : chaque encre court sa portion, et la somme des portions couvre exactement la distance. Avant de produire le moindre fichier, l'application vérifie cette reconstitution par le calcul ; si la somme s'écarte de l'image d'origine, rien n'est généré et un message l'annonce. Vous ne pouvez pas insoler deux ou trois feuilles pour découvrir au tirage qu'elles ne se recomposent pas.
Ce que l'application ne décide pas. Une couche d'encre par plaque, ou plusieurs plaques sur une même couche : les deux arrangements existent, et le calcul est le même dans les deux cas. C'est votre procédé qui tranche, pas le logiciel.
#Choisir le nombre d'encres
L'option vit dans l'onglet Type, sous les modes Négatif et Positif : 1 négatif, 2 encres ou 3 encres. Par défaut, l'application reste sur 1 négatif — l'image unique classique. Le découpage vaut dans les deux polarités ; il n'a en revanche pas de sens en CMJN, Couleur ou Full Gamut, où chaque canal est déjà une plaque séparée. À 3 encres, la gamme se partage entre jaune, terre de Sienne et rouge ; à 2, c'est la terre de Sienne qui disparaît — jamais le rouge, qui ferme l'échelle. L'aperçu se régénère à chaque changement et affiche les plaques côte à côte, dans une rangée qui défile horizontalement.
Chaque plaque est identifiée par son libellé — son rang d'insolation et les bornes de sa portion : « Négatif 2/3 — 42-77 % ». Le libellé ne nomme pas d'encre, et c'est délibéré : quel pigment va sur quelle plaque est une décision d'atelier, qui vous appartient et qui peut changer d'un tirage à l'autre. Le rang, lui, ne change jamais — c'est l'ordre dans lequel les transparents s'insolent.
Ce libellé devient le nom du fichier téléchargé, avec l'horodatage du jeu :
negatif2sur3_42-77pct_20260824-2130.png. Les fichiers d'un même jeu restent ainsi groupés et triés dans l'ordre d'insolation, et le même jeu téléchargé en français ou en anglais donne exactement les mêmes noms. Le bouton Enregistrer télécharge tout le jeu d'un coup ; chaque carte garde aussi son bouton de téléchargement individuel.
#Régler soi-même les limites (avancé)
Par défaut, l'endroit où chaque encre s'arrête vient de la méthode : un découpage inégal, plus resserré vers les ombres. La raison est physique — les procédés anciens s'écrasent dans les noirs, où chaque seconde de pose supplémentaire fait gagner de moins en moins de densité. Une tranche étroite y rachète la séparation que le procédé perd, parce que l'encre étale toute sa gamme sur cette seule tranche.
Ce découpage reste un point de départ, calé sur une famille de procédés. Le vôtre n'a aucune raison de s'écraser exactement pareil, et votre courbe de calibration — appliquée avant le découpage — en a déjà corrigé une partie. Sous Réglages avancés, vous pouvez donc fixer vous-même où chaque encre s'arrête, en pourcentage d'encre.
Trois choses à savoir :
- Vous ne saisissez que les limites intermédiaires. La dernière encre ferme toujours l'échelle : à 2 encres il y a une limite à donner, à 3 il y en a deux.
- Un champ vide n'est pas un zéro : c'est « valeurs de la méthode ». Le bouton Valeurs de la méthode vide les champs, il n'y réécrit rien.
- Un découpage égal n'est pas neutre en procédé épais. Il donne à chaque encre la même finesse, mais dans un procédé où la couche a une épaisseur — gomme, charbon — des tranches égales produisent des reliefs de hauteurs inégales, et les points les plus hauts peuvent s'effondrer dans les ombres. Resserrer les tranches sombres est précisément ce qui l'évite. Le compromis est à faire en connaissance de cause, pas par défaut.
Les limites refusées le sont tout de suite, avec la raison : elles doivent monter, rester au-dessus de zéro et sous cent. Rien n'est généré tant qu'elles ne tiennent pas — jamais un jeu de plaques plausible et faux.
#Le partage entre les encres
Voilà le réglage qui décide de votre tolérance au calage. Il vit sous Réglages avancés, sous les limites, et se donne en pourcentage — de 0 à 100. Ses deux extrêmes se comprennent sans mode d'emploi :
- À 0 %, chaque encre ne porte que sa tranche. C'est la séparation stricte, celle qui donne tout son bénéfice au découpage. C'est aussi la plus fragile : un décalage de superposition met une encre là où il en fallait une autre, et cela s'étend sur toute une zone de l'image, pas seulement sur un contour.
- À 100 %, les trois négatifs sont identiques. La séparation disparaît entièrement — chaque encre réétale sa gamme complète sur toute l'image — mais il n'y a plus rien à décaler : les trois encres sont partout dans la même proportion. Un défaut de calage ne peut plus échanger une couleur contre une autre, il ne laisse qu'un léger dédoublement de contour, comme dans n'importe quelle impression en couleur. Les temps de pose se répartissent alors proportionnellement aux tranches.
Entre les deux, le curseur est un échange direct et lisible : combien de séparation vous acceptez de perdre pour acheter de la tolérance au calage.
Trois choses à savoir :
- Zéro est un réglage, pas un champ vide : c'est la séparation stricte. Le champ vide, lui, veut dire « valeur du moteur ».
- Toute la course sert. Le réglage agit sur l'ensemble de l'image à chaque position, et la reconstitution reste vérifiée exactement du bas au haut de course : nulle part le curseur ne casse la somme.
- À 100 %, vos limites n'ont plus d'effet. Puisque les négatifs sont identiques, le découpage ne joue plus. Inutile d'ajuster les deux réglages ensemble en haut de course.
Pour choisir une position, le plus sûr reste l'essai à blanc : imprimez les négatifs de repères seuls, empilez-les sur une chute de papier dans vos conditions réelles de travail, et regardez le déplacement que vous obtenez vraiment. Un calage franchement bon autorise un partage faible ; un calage approximatif se rachète en montant.
Un mot sur le rapport avec le découpage : resserrer les tranches sombres protège le relief de l'effondrement, mais ne vous donne aucune marge de calage. Ce sont deux réglages distincts, qui ne se remplacent pas — le partage est le seul qui achète de la tolérance.
#Le temps de pose est le facteur d'échelle
L'application calcule la forme de chaque plaque ; la quantité de lumière que reçoit chacune est votre décision d'atelier. Le temps de pose de chaque encre se trouve par bande d'essai, comme toujours en procédé ancien — c'est lui qui règle la densité réelle de chaque encre. Une encre sombre posée plus longtemps creuse les noirs ; une encre claire posée plus court protège les hautes lumières. L'application n'impose ni ne mémorise ces temps : ils décrivent votre procédé, pas l'image.
#Les mires : la grande se reconstitue, les petites se rangent
Un point de physique commande tout le reste : les plaques s'impriment l'une sur l'autre, au même endroit de la feuille. Deux marques placées au même point sur deux plaques y déposent donc deux fois de la matière. Répéter une mire identique sur les trois plaques ne donnerait pas une mire trois fois plus sûre : cela donnerait une tache.
Les mires en tiennent compte, chacune à sa façon. Avec les repères de calage activés, chaque plaque porte :
- La grande mire du bas, qui suit le découpage. Chaque plaque y montre sa propre tranche de la gamme, au même emplacement que les autres. Les dépôts s'additionnent, et c'est sur le papier que la mire complète apparaît : c'est elle que vous lisez au tirage pour juger la calibration, exactement comme sur un négatif unique. Si elle sort creuse ou saturée, ce sont vos temps de pose qu'elle vous montre.
- Les petites mires du haut, une par encre, chacune dans son créneau. À 2 encres la marge haute se partage en deux, à 3 en trois — et chaque plaque n'occupe que la sienne, numérotée. Elles ne se recouvrent donc jamais : après superposition, les deux ou trois petites mires apparaissent côte à côte, et la composition de votre tirage se lit d'un coup d'œil, encre par encre.
La bande de contrôle (gamme de gris 5×5) et les mires de zone suivent la même logique que la grande mire : elles traversent la table de chaque encre comme l'image elle-même, et se reconstituent à la superposition.
#Compatible zones, courbes et repères
Le découpage se combine avec la calibration par courbe (la courbe est composée dans chaque plaque avant la découpe), avec la correction multi-zones (la table de chaque encre est composée zone par zone, avec la courbe propre de chaque zone) et avec les repères de calage, indispensables ici : les cibles aux quatre coins et la clé d'orientation garantissent que les insolations successives se superposent au point près.
#En pratique
- Onglet Type → Négatif (ou Positif) → choisissez 2 ou 3 encres.
- Vérifiez l'aperçu : les plaques apparaissent en rangée, chacune portant son rang et sa tranche.
- Activez les repères de calage — c'est eux qui rendent la superposition exacte.
- Téléchargez le jeu, imprimez chaque plaque sur son transparent.
- Établissez le temps de pose de chaque encre par bande d'essai.
- Insolez les encres l'une après l'autre, en repérage, dans l'ordre des fichiers.
L'ordre d'empilement des encres se décide à l'essai, sur deux critères qui peuvent se contredire : la transparence de chaque encre, et sa luminosité — la plus sombre passant généralement en dernier. En cas de doute, imprimez un recouvrement test dans les deux sens et tranchez à l'œil.
La fonction est gratuite, sur le web comme sur iOS.
