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01 · 03·Mire

La bande de dégradé continu

ce que les 25 patchs ne te montrent pas

Lecture 7 min·Vérifié 2026-09-25

Mire monochrome 5×5 de Calibration Flow en négatif, avec sa colonne de dégradé continu à droite
La grille 5×5 à gauche, la bande de dégradé continu inconditionnelle à droite — ici sur la version négative de la mire monochrome.

Une grille de 25 patchs te dit comment ton procédé répond à 25 niveaux de gris distincts. C'est précis, c'est mesurable, c'est ce que l'app utilise pour bâtir ta courbe. Mais entre deux patchs, il y a un saut de 4 % d'intensité — et ton œil voit 25 cases séparées qu'il compare une à une, pas une transition. Si ton procédé a un palier de blocage subtil ou une zone qui bascule brusquement entre deux patchs, tu peux passer à côté.

C'est exactement à ça que sert la bande de dégradé continu : sur la Bande de Contrôle de l'écran Négatif — la mire 5×5 que Calibration Flow superpose à ton image quand tu actives l'interrupteur Afficher la mire (barre d'options du bas → Mire) —, une sixième colonne verticale à droite de la grille va du blanc pur au noir total sans aucun palier visible. Elle suit le mode négatif ou positif que tu as choisi pour ta génération, sans réglage de polarité qui lui soit propre (voir mire positive ou négative pour la règle par procédé), et elle sort à chaque fois que la mire est affichée — ce n'est pas une variante que tu sélectionnerais à part. La mesure de calibration se fait toujours sur les 25 patchs discrets ; la colonne de dégradé, elle, te montre ce qu'aucune mesure à points discrets ne peut te montrer — comment ton procédé se comporte entre ces points.

#Ce que tu vois sur le papier

Quand tu tires la mire (si tu découvres tout juste la grille, comprendre une mire pose les bases avant d'aller plus loin), la grille de 25 patchs sort comme attendu — 25 cases distinctes, du blanc papier au noir le plus dense que ton procédé peut atteindre. À côté, la colonne de dégradé sort, elle, en transition. Ce que cette colonne révèle dépend complètement de ton procédé.

Dans l'app, la Bande de Contrôle se pose en bas à gauche de ton image et en recouvre ce coin, sur un quart environ du plus petit côté de la feuille. Elle est dessinée avant la courbe et l'inversion, donc elle reçoit exactement le même traitement que le reste du négatif : sans courbe choisie, tu regardes une mire brute ; avec une courbe, tu vérifies que cette courbe tient au tirage. Si tu as activé le Mode Multi-Zone (2 ou 4 zones), chaque zone reçoit sa propre petite grille 5×5 + dégradé, avec la courbe de cette zone et une étiquette (HAUT, BAS, H. GAUCHE…).

Négatif de la Joconde généré par Calibration Flow avec la Bande de Contrôle activée, grille de 25 gris et dégradé continu en bas à gaucheLa Bande de Contrôle (25 gris + dégradé) en bas à gauche du négatif, inversée avec l'image. Tracé par le module de l'app. Image : la Joconde, domaine public.

Sur un cyanotype non calibré, tu verras typiquement trois zones : une partie presque blanche en haut (la chimie n'engage pas aux faibles expositions), une transition raide au milieu (la chimie répond brusquement entre deux seuils), une partie presque noire en bas (saturation). Ces trois zones existent dans la grille aussi — patchs 0 à 6 blancs, patchs 7 à 14 qui basculent vite, patchs 15 à 24 noirs — mais en regardant la grille tu vois des cases ; sur le dégradé, tu vois la mécanique du procédé en un coup d'œil.

Sur un procédé calibré et propre, la transition est presque progressive du haut vers le bas. Pas de saut, pas de palier. C'est le signe qu'aucune zone tonale ne se bouche brutalement.

Sur un procédé instable (chimie qui dérive, papier mal sensibilisé), tu peux voir des bandes ou des anneaux dans le dégradé — des zones où la densité s'inverse localement, des paliers où la chimie se bloque. Ces défauts existent aussi dans la grille mais y sont difficiles à isoler ; sur le dégradé, ils sautent aux yeux.

#Pourquoi c'est précieux

Diagnostic visuel en 30 secondes. Avant même d'importer la mire dans l'app, tu jettes un coup d'œil au dégradé sec. Si la transition est régulière, tu sais que ton procédé est dans un état calibrable et tu peux scanner pour mesurer. Si tu vois un saut ou un anneau, tu sais qu'il y a un problème en amont — chimie, papier, exposition — à régler avant de calibrer. Trente secondes d'observation t'épargnent une calibration ratée et un scan inutile.

Détection de bandes de Mach. Sur certains procédés (charbon dense, Aquaprint Sanguine), la transition tonale est tellement raide à un endroit précis qu'on voit physiquement des bandes plus claires et plus sombres autour de la transition — c'est le phénomène des "bandes de Mach". Le dégradé continu les rend visibles avant l'image finale. Tu sais qu'il faudra adoucir la pente de ta courbe à cet endroit pour ne pas retrouver ces bandes dans tes tirages.

Vérification après ajustement. Quand tu tires une seconde mire après avoir modifié quelque chose (changement de sensibilisateur, changement de papier, retouche de chimie), la comparaison côte à côte des deux bandes de dégradé te dit immédiatement si ton changement a affecté la réponse globale du procédé. Plus rapide que de comparer mentalement 25 patchs deux à deux.

#Quand tu peux ignorer le dégradé

Tu fais une calibration de production rapide. Si tu calibres un procédé que tu maîtrises et dont tu connais déjà le comportement, le dégradé n'ajoute pas d'information utile pour cette session. Tu scannes, l'app mesure les 25 patchs, tu exportes ta courbe. La bande continue est là, mais tu ne la regardes pas.

Tu débutes complètement. Le dégradé est un outil de lecture qui demande de savoir ce qu'on regarde. Au tout début, tu ne sauras pas distinguer une transition normale d'une transition pathologique — les deux peuvent paraître "lisses" à l'œil non entraîné. Concentre-toi sur la grille pour les premières calibrations, puis reviens au dégradé quand tu commences à lire la courbe corrective sans effort.

Ton imprimante rend mal les demi-tons en continu. Sur certains transparents jet d'encre basiques, la bande de dégradé peut sortir avec des bandes parasites de pilote d'imprimante (paliers visibles qui ne sont pas dans la mire mais dans le rendu). Ces bandes peuvent se confondre avec des défauts du procédé. Ce n'est pas forcément un défaut de ton procédé : essaie d'abord une Finesse d'export plus élevée pour ton négatif (Effets → Finesse — la mire la suit : 300, 450 ou 600 dpi) avant de conclure à un problème de chimie.

#Détails techniques

La colonne de dégradé n'est pas un réglage qu'on active ou désactive : le code qui dessine la Bande de Contrôle la trace à chaque génération, quelle que soit la polarité choisie pour le négatif. Elle n'a pas non plus de résolution qui lui soit propre : elle est dessinée directement dans le canevas de ton négatif, donc elle hérite du format choisi dans l'onglet Format (taille du papier, orientation) et de la finesse d'export choisie dans l'onglet Effets (Finesse 300/450/600 dpi). Si tu actives aussi la Trame (Effets → Trame → Avec), la Bande de Contrôle est tramée avec le reste de la feuille : elle est dessinée avant la courbe et l'inversion, et la trame s'applique ensuite sur la feuille déjà composée, mire comprise. Activer Afficher la mire coupe automatiquement l'option Remplir le papier — les deux ne sont pas compatibles. La mire couleur (motif Venn), elle, n'a pas de colonne de dégradé : c'est une rosace de recouvrement d'encres, pas une grille de gris.

#À retenir

ÉlémentValeur
Où l'activerÉcran Négatif → barre d'options → Mire → interrupteur Afficher la mire
Position dans la mireColonne verticale à droite de la grille 5×5
Plage couverteBlanc pur (0) à noir total (255), niveaux de gris purs
PrésenceSur la Bande de Contrôle uniquement — inconditionnelle, pas une option à choisir
RôleDiagnostic visuel, pas mesure de calibration
Mesure utilisée par l'appLes 25 patchs discrets — pas la bande
Résolution de la mireAucune résolution propre — elle suit le Format et la Finesse réglés pour le négatif
Mire couleur (Venn)Pas de bande de dégradé — mire différente
Procédés concernésTous les procédés alt-process à contact

#Le test

Tire une mire normale sur ton procédé habituel. Une fois la mire sèche, regarde la bande de dégradé à droite avant même de la scanner. Suis la transition du haut vers le bas avec ton doigt : la densité doit augmenter sans saut perceptible. Si tu vois un endroit où la densité saute brusquement entre deux zones très proches, ou un endroit où la densité reste plate sur une longueur visible alors qu'elle progressait avant et après, ton procédé a une non-linéarité que la calibration devra corriger. Note mentalement où se situe la zone problématique sur la bande — tu retrouveras la même zone dans la courbe corrective générée par l'app.